36% d’actes antisémites en plus en 2025, selon la Cicad
36% d’actes antisémites en plus en 2025, selon la Cicad
La Cicad souligne la nécessité d’une vigilance accrue face aux formes contemporaines de l’antisémitisme.
- En Suisse romande, les incidents antisémites ont augmenté de 36% en 2025, atteignant 2438 cas.
- Plus de 90% des incidents recensés se sont produits dans l’espace numérique.
- Des actes graves ont eu lieu dans des écoles genevoises, incluant violences physiques et menaces de mort.
- Un collectif conteste l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme fait par la Cicad.
En 2025, le nombre d’incidents antisémites en Suisse romande est de 2438, selon la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad), soit une hausse de 36% en un an. Son rapport corrobore la hausse de 37% au niveau suisse, indiquée dans celui de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) et de la Fondation GRA.
La Cicad souligne la nécessité d’une vigilance accrue face aux formes contemporaines de l’antisémitisme, observant plusieurs dynamiques: la diffusion massive de l’antisémitisme dans l’espace numérique, la banalisation de références à la Shoah, la radicalisation de certains discours militants et la persistance d’actes visant directement des personnes identifiées comme juives.
À plus de 90%, les incidents recensés par la Cicad sont survenus dans l’espace numérique. Ceux dans l’espace public, souvent plus graves pour les victimes et plus visibles, sont passés de 109 en 2024 à 127 (+ 16,5%).
À Genève, une femme enceinte a été menacée par un individu qui l’a accusée d’être juive et lui a déclaré qu’il pourrait la poignarder avant de la suivre de façon menaçante.
Élève frappé à Genève
Dans une école à Genève, un élève juif a été frappé, étranglé et insulté par d’autres élèves, qui ont proféré des menaces de mort en référence à la Shoah. Dans d’autres écoles, des croix gammées ont été dessinées ou des saluts nazis observés. La Cicad se préoccupe de l’abaissement de l’âge des auteurs et des victimes.
Dans une école vaudoise, un élève de 17 ans a déclaré que les nazis avaient fait du bien aux Allemands. Dans une autre, un livre présentait une illustration légendée «Chambre à Gaza». Une analogie avec Auschwitz légitimant implicitement l’hostilité envers les élèves juifs, estime la Cicad.
Le rapport relève aussi le refus du Cinéma Bio à Carouge d’accueillir le Festival du film juif.
Lors des Brandons de Payerne, des inscriptions ont été découvertes sur des vitrines, comme «Liquidation finale, solde 39 à 45%» ou «On a gazé la blatte, on a le monopole».
Dans des manifestations, on a entendu: «Tout le monde déteste les sionistes» ou «Pas de sionistes dans nos quartiers, pas de quartier pour les sionistes». Pour la Cicad, «sioniste» devient un substitut pour désigner des Juifs tout en revendiquant une critique politique.
Son secrétaire général, Johanne Gurfinkiel, s’alarme de la visibilité croissante de l’expression d’un antisémitisme à travers le langage de l’antisionisme radical.
La Cicad s’inquiète de la «radicalisation» des mobilisations étudiantes à Genève, Lausanne et Neuchâtel, et d’un «climat de polarisation» ayant favorisé des glissements ciblant des symboles ou des personnes juives.
Elle mentionne une exposition à l’Université de Genève établissant des parallèles entre l’action de l’armée israélienne à Gaza et la Shoah ou encore l’agenda de la CUAE (syndicat étudiant) mentionnant les 55 ans du détournement d’avions par le FPLP, ainsi que le slogan «from the river to the sea».
La justice genevoise n’y a rien vu de problématique. La Cicad dénonce «une jurisprudence préoccupante, susceptible de contribuer à la normalisation de formes d’antijudaïsme dans les espaces académiques suisses».
Billets antisémites
Lundi, la gauche radicale genevoise et plusieurs organisations ont contesté l’«amalgame» entre antisionisme et antisémitisme, accusant la Cicad de se faire l’avocate d’Israël. Ce collectif a lancé une pétition demandant d’en finir avec les subventions publiques à la Cicad.
Johanne Gurfinkiel a dénoncé une accusation de «double allégeance», tirée justement du répertoire antisémite, une interprétation contestée par les pétitionnaires.
Ceux-ci ont condamné fermement l’antisémitisme. Ils ont jugé «impardonnable» de cibler des Juifs en raison de l’action d’Israël, ce qui a été le cas de billets figurant une étoile juive avec les mots «voleurs» et «assassins» collés sur des commerces appartenant à des Juifs, dont une galerie d’art.
Ces actes figurent dans le rapport de la Cicad, à qui les pétitionnaires reprochent d’avoir, à la suite du Ministère public, «traîné dans la boue» la figure du militantisme genevois Anne-Cécile Reimann, qui a été faussement accusée.
