À Lausanne, la manif de (presque) toutes les femmes a fait la fête au soleil

À Lausanne, la manif de (presque) toutes les femmes a fait la fête au soleil

Entre 8500 et 9000 personnes ont défilé samedi au centre de Lausanne, appelant à la convergence des luttes féministes locales et internationales.

En bref:

  • Entre 5000 et 8000 personnes ont défilé à Lausanne pour la Grève féministe ce samedi.
  • Les manifestantes ont dénoncé les féminicides, avec déjà treize victimes recensées en Suisse en 2026.
  • La Grève féministe vaudoise a exclu les femmes aux positions sionistes, provoquant une vive polémique.
  • Une association concurrente, Féministes universalistes, organise un rassemblement inclusif ce dimanche à Ouchy.

Ciel bleu dégagé, belle chaleur, et une mobilisation colorée et impressionnante. Entre 8500 et 9000 personnes (selon la police lausannoise) ont défilé ce samedi après-midi 13 juin au centre de Lausanne. Une très grande majorité de femmes, évidemment. Beaucoup de jeunes mais aussi des représentants et représentantes de toutes les générations sont venus manifester, arborant souvent toutes les nuances d’un violet militant.

L’époque étant à l’addition et à la convergence des luttes (pour les droits des femmes, les salaires égaux, contre le patriarcat, le colonialisme, le militarisme, le G7, pour les droits LGBTQ+, pour la Palestine, les Kurdes, contre le capitalisme, etc.), la Grève féministe vaudoise prenait le risque d’un grand fourre-tout d’extrême gauche. Mais dès les discours d’avant-défilé, sur la place de la Riponne, sous une température flirtant avec les 30 degrés, l’accent gardé systématiquement sur les femmes et leurs combats, rappelant les luttes, comptabilisant les féminicides (déjà treize en Suisse en 2026), a lancé l’après-midi sur des bases puissantes et plutôt carrées.

«Fières, vénères et pas près de se taire», les milliers de manifestantes se sont ensuite lancées dans un périple de près de deux heures où la colère mâtinée de «ça suffit» s’exprimait souvent par la musique, les percussions heureuses, et des slogans sur pancartes assez drôles. On passait du «Pour une Suisse à 10 millions de meufs» à des étendards plus syndicaux, d’une demande de «Justice pour Lyhanna» à un hommage ému à la merveilleuse Marjane Satrapi. Quelques drapeaux palestiniens aussi, mais plutôt nettement moins qu’en d’autres occasions: tout le monde, après la polémique née de l’exclusion des femmes «sionistes» du défilé (lire plus bas), souhaitait visiblement éviter les provocations inutiles.

À quelques heures de la grosse manifestation NoG7 à Genève, pas le moindre débordement à Lausanne, donc, et un dispositif policier visible, mais qui a su demeurer discret, la manifestation ayant parfaitement suivi les règles et le parcours prévu jusqu’au parc de Montbenon, où la foule a rejoint stands, ateliers et sets de DJ pour le début de soirée.

Une exclusion qui crée la polémique

«Nous défendons un féminisme anticolonial et refusons les positions pro-israéliennes et sionistes. Ces discours n’ont pas leur place dans notre manifestation.» C’est par ces mots que la Grève féministe vaudoise avait peu ou prou exclu les femmes suisses de confession juives du défilé. Jardena Puder, féministe depuis des décennies, éclate en sanglots: «Ma cousine, enlevée le 7 Octobre, a été plusieurs fois abusée par des hommes du Hamas. Et maintenant, je ne peux plus défiler?»

La Cicad (Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation) s’est aussi émue dans un communiqué qui parle de «dérive». Son secrétaire général, Johanne Gurfinkiel: «Déclarer que les sionistes n’ont pas leur place dans une manifestation, c’est exclure une grande partie des juifs, pour qui ce lien fait partie de leur identité. Une lutte contre les discriminations qui met des femmes juives à l’écart, comme le 8 mars 2025 à Lausanne, n’est pas acceptable. Les élus qui ont soutenu ces appels se disqualifient tout autant, et il est urgent que la classe politique réagisse et pour la Grève féministe de réfléchir à ses objectifs.»

Demeure aussi une autre possibilité de se mobiliser à Lausanne ce week-end. Présidée par Nadine Reichenthal, qui avait pris un coup de tête lors de la manifestation du 8 mars 2025, une nouvelle association est née, Féministes universalistes, qui se rassemble dimanche 14 juin à Ouchy, un événement prévu de longue date. «Le vrai jour des femmes, c’est le 14 juin», dit-elle. Elle précise: «Nous avons dans notre comité des femmes de toutes religions et nationalités, kabyle, iranienne, notamment. Nous voulons que toutes les femmes soient représentées et pas exclues par des femmes clivantes d’extrême gauche qui n’obtiennent que peu de résultats sur les lois en Suisse.»