«A Payerne, on doit pouvoir rire de tout». Injustement condamnés pour certains, les barbouilleurs reçoivent un large soutien aux brandons
«A Payerne, on doit pouvoir rire de tout». Injustement condamnés pour certains, les barbouilleurs reçoivent un large soutien aux brandons
Souvent associée à de la censure, la condamnation de l’équipe anonyme a suscité plusieurs gestes de solidarité durant la manifestation.
Le slogan a été aperçu samedi déjà aux Brandons de Payerne. Imprimé sur des stickers, le message de soutien – «Je suis Barbouille(s)» – accompagnait une représentation du fils de Barbapapa, emblème du groupe des barbouilleurs qui avait défrayé la chronique en 2025. Le lendemain, c’est une impressionnante reproduction gonflable de Barbouille qui dominait le char des Bibi’s en clôture du grand cortège. Autour du personnage, des inscriptions crient à la censure. «Peut-on encore tremper le pinceau en 2026?» interroge avec une élégance toute relative une sanction bien réelle: celle de plusieurs membres des barbouilleurs condamnés récemment pour injure, discrimination et incitation à la haine.
Pour rappel, le Ministère public vaudois a retenu ces infractions à l’encontre de neuf membres de l’équipe suite à des tags jugés racistes et antisémites qui avaient marqué le 130e anniversaire des brandons. Une instruction toujours en cours, selon le comité d’organisation des brandons, au moment de définir la forme que prendraient les inscriptions cette année. Raison pour laquelle, explique Melinda Navarro, l’équipe aurait opté pour une formule allégée, réduite à une simple représentation de Barbouille apposée au pochoir sur certains commerces. Un choix qui s’inscrivait dans une volonté d’apaisement, ajoute la responsable communication du comité d’organisation de la manifestation, l’absence de bouche du personnage étant liée aux contraintes techniques du chablon.
Large soutien
Un effort d’apaisement moins lisible dimanche sur le char des Bibi’s, tempéré par les visages renfrognés du reste de la famille Barbapapa. Prise de position assumée ou simple clin d’œil satirique? La démarche a quoi qu’il en soit été, semble-t-il, bien accueillie par le public: sur la quinzaine de spectateurs interrogés, aucun n’a jugé la mise en scène déplacée. Très vite, les échanges ont glissé vers la sévérité ressentie des sanctions. «A Payerne, on doit pouvoir rire de tout», assène un jeune homme de la région, très vite rejoint par un ami: «Ce n’est pas qu’on ne peut plus rien dire, c’est qu’on ne peut plus rien rire.» Une rançon amère, de l’avis de plusieurs Payernois, pour l’équipe bénévole des barbouilleurs «qui se donne un mal de chien» pour faire vivre la fête. D’autres admettent que certaines limites ont été franchies, tout en regrettant la surmédiatisation de l’affaire.
Le reste du cortège était lui aussi marqué par un soutien affiché à l’équipe anonyme: un tiers des 26 guggenmusiks et groupes de chars qui défilaient dimanche arboraient l’autocollant sur leur poitrine ou leurs instruments. Deux autres chars affichaient des slogans dénonçant explicitement la réduction au silence des barbouilleurs. Certains visaient plus précisément la nouvelle charte de la manifestation publiée par le Comité des masqués (CDM), en charge de l’organisation des brandons.
Une image en jeu
Mise en ligne mercredi, celle-ci invite notamment les «brandoneurs et brandoneuses» à faire la fête dans les limites de «la morale et de la bienséance» en tenant compte de «l’éthique et de l’inclusion». Elaborée selon le CDM avec les bénévoles de la fête, elle s’inscrit dans la continuité du dialogue engagé par la municipalité avec la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) suite à l’affaire des vitrines. Ces échanges qualifiés de «constructifs» par tous les acteurs ont également permis d’entamer un travail de mémoire sur le meurtre antisémite d’Arthur Bloch, assassiné à Payerne en 1942.
Un effort d’apaisement moins lisible dimanche sur le char des Bibi’s, tempéré par les visages renfrognés du reste de la famille Barbapapa. Prise de position assumée ou simple clin d’œil satirique? La démarche a quoi qu’il en soit été, semble-t-il, bien accueillie par le public: sur la quinzaine de spectateurs interrogés, aucun n’a jugé la mise en scène déplacée. Très vite, les échanges ont glissé vers la sévérité ressentie des sanctions. «A Payerne, on doit pouvoir rire de tout», assène un jeune homme de la région, très vite rejoint par un ami: «Ce n’est pas qu’on ne peut plus rien dire, c’est qu’on ne peut plus rien rire.» Une rançon amère, de l’avis de plusieurs Payernois, pour l’équipe bénévole des barbouilleurs «qui se donne un mal de chien» pour faire vivre la fête. D’autres admettent que certaines limites ont été franchies, tout en regrettant la surmédiatisation de l’affaire.
Un travail «nécessaire» selon Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Cicad: «Il fallait couper court à une dynamique qui s’était installée décennie après décennie et qui donnait une image déplorable de Payerne», rappelait-il récemment, en citant la polémique qui avait déjà agité la ville en 2009 lorsqu’un char avait mis en scène le meurtre symbolique de l’écrivain Jacques Chessex. Pour lui, les marques de solidarité envers les barbouilleurs relèvent moins d’un simple clin d’œil carnavalesque que d’une volonté de maintenir un rapport de force qui va à l’encontre de la collaboration nouée avec la municipalité. «On a reproché à Chessex d’être un agitateur qui salissait la ville, à mon sens, c’est plutôt ce type d’initiative qui porte préjudice à l’image de Payerne.»
Tout en reconnaissant que les slogans ou autocollants observés ce week-end ne sont pas répréhensibles en soi, Johanne Gurfinkiel y voit une tentative «stérile» et «contre-productive» de relativiser des faits pourtant jugés graves par la justice. A ses yeux, les condamnations ont posé un cadre clair, qu’il s’agit désormais de respecter.
Solidarité locale
Bien qu’un droit de regard ait été convenu sur les éventuels tags des barbouilleurs, la municipalité n’a pas été informée de la forme que prendraient les chars au programme, affirme Lionel Voinçon, syndic de Payerne. Pour lui, les messages témoignent avant tout d’une solidarité locale, plus que d’une justification des faits condamnés. «Il ne faut pas oublier que les Payernois ont des amis, des frères, des sœurs, parfois des enfants parmi les barbouilleurs. C’est ce lien humain qui parle», explique-t-il. S’il admet que certaines références à la «censure» peuvent prêter à discussion, il se refuse à toute lecture extrapolée: «Je ne vois pas sur ce char quelque chose qui viendrait remettre en question le verdict de la justice sur cette affaire.»
Quant aux piques adressées à la charte des masqués qui pourraient trahir un certain désaveu envers la démarche, elles relèvent selon l’élu des coutumières «taquineries» de la manifestation: «Quand on discute avec les gens, on voit bien qu’il y a eu une vraie prise de conscience et que tout le monde a bien saisi les enjeux», constate-t-il.
Du côté du comité des masqués, on admet que le projet de char des Bibi’s a suscité des discussions au moment de l’annonce des thèmes. «On leur a demandé de nous décrire à quoi il ressemblerait exactement afin d’éviter les surprises», explique Melinda Navarro. A l’arrivée, rien de plus qu’un char «bon enfant» inspiré de l’univers des Barbapapas, estime la responsable communication du comité. Les messages associant la charte des brandons à de la censure? Elle n’y a pas fait attention, affirme-t-elle, en assurant que le document n’a pas rencontré de résistance parmi les participants. «Mais ils ne sont pas muselés pour autant», ajoute Melinda Navarro. Libres de s’exprimer certes, mais pas tenus de le faire: les Bibi’s n’ont pas souhaité donner suite à nos sollicitations.
