«Ils alimentent un marché de fanatiques». La vente d’objets nazis à la Brocante de la Gruyère ravive le débat autour de leur interdiction

«Ils alimentent un marché de fanatiques». La vente d’objets nazis à la Brocante de la Gruyère ravive le débat autour de leur interdiction

En plus d’une chaise ou d’un tableau, les chineurs avaient la possibilité d’acquérir des objets du IIIe Reich à la Brocante de la Gruyère, qui s’est tenue le week-end dernier à Bulle. Une organisation de lutte contre l’antisémitisme dénonce un «marché détestable».

Le week-end dernier, certains visiteurs de la Brocante de la Gruyère ont été choqués de découvrir des objets nazis au détour d’un stand. Croix gammées, médailles du IIIe Reich ou brassards au nom de dignitaires nazis étaient notamment exposés et proposés à la vente. Contactés, les organisateurs expliquent que ces objets revêtent avant tout une portée historique et culturelle.

«Il ne s’agit en aucun cas de faire la propagande de cette période et nous sensibilisons les exposants à ce sujet et leur demandons de ne pas les mettre en avant», informe David Giller, responsable marketing et communication pour Espace Gruyère. Il précise que les organisateurs ne se sont pas prononcés sur une possible interdiction pour la prochaine édition.

Ce n’est pas la première fois que des reliques nazies s’offrent au regard des visiteurs lors de l’événement bullois. En effet, sur les 250 exposants, un ou deux en vendent chaque année.

«Un marché de fanatiques»

Pour le secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), Johanne Gurfinkiel, c’est une aberration. «Je ne comprends même pas que l’on puisse avoir ce genre de débat aujourd’hui. On est vraiment dans un combat d’arrière-garde. Toute justification est inaudible. Cela alimente un marché détestable qui attire des nostalgiques et des fanatiques de cette période», tranche-t-il.

Et d’ajouter que l’argument historique est, selon lui, irrecevable. «Il existe déjà suffisamment de possibilités à la portée des férus d’Histoire pour se renseigner sur cette époque, pour ne pas devoir exposer et vendre ces symboles sur un marché ou dans une brocante». Même si la présence de ces objets peut heurter, elle n’est pas interdite pour l’heure à Fribourg. Les députés du Grand Conseil ont accepté une motion en mars 2024, demandant d’interdire et de sanctionner toute utilisation et exhibition du symbole nazi dans l’espace public.

Depuis, le Conseil d’Etat a décidé de prolonger le délai pour se doter d’une loi d’application cantonale, un avant-projet fédéral étant en cours d’élaboration. Une option que dénonce Johanne Gurfinkiel. «Je suis atterré par la décision de l’exécutif fribourgeois d’attendre la création d’une loi fédérale en dépit de la mobilisation des députés sur cet enjeu. Ne pas se doter d’une loi d’application cantonale, c’est tordre le cou à la démocratie», tranche-t-il.