La cohésion nationale mérite mieux que des procès d’intention
La cohésion nationale mérite mieux que des procès d’intention
Le secrétaire général de la Cicad, Johanne Gurfinkiel, réfute les critiques de Jacob Berger et dénonce l’invisibilisation des victimes face à la recrudescence des actes antisémites depuis octobre 2023.
La cohésion nationale exige de regarder les faits en face. Elle mérite mieux que des accusations répétées qui ne reposent sur aucun élément vérifiable.
Cicad
Dans sa tribune, Jacob Berger s’en prend une nouvelle fois à la Cicad. L’obsession est désormais connue: accuser l’organisation mobilisée contre l’antisémitisme d’en «instrumentaliser» la réalité. L’affirmation est grave. Elle ignore un fait central: depuis octobre 2023, les actes antisémites ont connu en Suisse une recrudescence sans précédent.
Antisémitisme
Menaces, insultes, agressions, harcèlement en ligne, pressions dans les écoles, dégradations de biens: les signalements ont explosé. Ils sont documentés, vérifiés, transmis aux autorités lorsque cela s’impose. Parler d’instrumentalisation face à une telle hausse revient à nier les faits et à invisibiliser les victimes.
Dans le même temps, des dérapages ont été constatés dans certaines manifestations: slogans d’incitation à la violence, amalgames visant des juifs en tant que juifs, climat d’hostilité assumé dans l’espace public, détérioration de biens. Ces éléments sont observables. Ils ne relèvent pas d’une construction idéologique.
Or ces réalités disparaissent du propos de M. Berger. Silence sur la flambée des actes antisémites. Silence sur les intimidations. Silence sur les débordements. En revanche, Gaza et la question palestinienne sont convoquées comme clé d’explication universelle, importées dans le débat suisse comme si elles suffisaient à disqualifier toute vigilance face à la haine antijuive.
Ce procédé entretient précisément les amalgames qu’il prétend dénoncer. Il suggère que documenter l’antisémitisme reviendrait à défendre un gouvernement étranger. Il instille l’idée que les institutions juives suisses seraient comptables d’un conflit extérieur. C’est cette importation systématique qui brouille les repères et fragilise la cohésion nationale.
La Cicad est une fédération représentant statutairement les communautés et associations juives de Suisse romande. Elle agit en Suisse, pour que nul ne soit assigné, suspecté ou stigmatisé en raison de son identité. Son action est concrète: prévention, formation, coopération avec les autorités, accompagnement des victimes, travail constant en faveur du dialogue.
Elle n’est pas seule. De nombreux élus, issus de sensibilités politiques diverses, ont refusé l’invisibilisation de cette montée de l’antisémitisme et continuent d’être, à nos côtés, un rempart face aux discours de haine. Cette mobilisation transpartisane témoigne d’une responsabilité partagée.
On peut débattre du Proche-Orient. Mais instrumentaliser ce conflit pour disqualifier ceux qui alertent sur des faits établis en Suisse relève d’une posture idéologique, pas d’une analyse.
La cohésion nationale suppose une exigence simple: reconnaître les faits, refuser les amalgames, protéger les citoyens.
C’est cette ligne que nous continuerons à tenir, sans céder aux procès d’intention ni aux postures idéologiques.
