Symboles nazis en vente libre, des élus s’impatientent
Symboles nazis en vente libre, des élus s’impatientent
Alors que les actes antisémites sont en hausse, un projet de loi se fait attendre depuis plusieurs années. Le Conseil fédéral annonce un horizon à l’automne.
- En Suisse, aucune loi n’interdit actuellement les symboles nazis dans l’espace public.
- La Cicad recense une hausse record de 36% des actes antisémites en 2025.
- Des élus de gauche comme de droite réclament une loi rapide et efficace.
- Le DFJP soumettra un projet de loi au Conseil fédéral d’ici à l’été 2026.
Croix gammées et insignes SS. En Suisse, il n’est pas rare d’apercevoir, sur les étals des brocanteurs, l’une ou l’autre de ces reliques de l’Allemagne nazie. Et pour cause, aucune loi fédérale n’interdit actuellement la présence de ces objets et de ces symboles dans l’espace public. Une motion, déposée au parlement en 2023 et visant à interdire l’utilisation publique de symboles racistes, avait pourtant été adoptée par le Conseil national l’année suivante. Mais depuis, le projet de loi se fait attendre.
Plusieurs élus ont récemment manifesté leur impatience, à gauche comme à droite, en adressant chacun une question au Conseil national. C’est le cas notamment de Jean Tschopp (PS/VD). «La consultation sur l’avant-projet a pris fin il y a une année. Depuis, rien ne s’est passé.» Le conseiller national reproche à la Suisse d’accuser un temps de retard sur les pays voisins. «La Suisse reste un des seuls pays d’Europe occidentale à autoriser, par exemple, la vente publique de croix gammées. Et ça, c’est un problème face au racisme et à l’antisémitisme. Il faut que la Suisse aille de l’avant.»
L’élu socialiste évoque un climat actuel qu’il juge «toxique», c’est pourquoi la prise de mesure devient urgente. «Je suis préoccupé par la hausse des cas de racisme et d’antisémitisme.» La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation ( Cicad) a en effet relevé une augmentation record de 36% des actes antisémites en 2025 par rapport à 2024, répertoriant 2438 incidents.
Des mesures attendues
À noter que l’année 2024 présentait déjà une hausse sans précédent avec une augmentation de 89,5% par rapport à 2023. «Un constat partagé par d’autres ONG, poursuit Jean Tschopp. On assiste à des violences légitimées par l’attitude de Trump, par exemple. Le climat est vraiment outrancier et il est important que la Suisse prenne ses responsabilités pour combattre le racisme et qu’elle s’engage sur ce terrain-là.»
Mais le temps écoulé entre la consultation et l’application de la loi ne s’explique pas pour l’élu vaudois. «Une année sans qu’il ne se passe rien c’est long pour un projet de loi qui tient sur deux pages.» L’avant-projet de loi répertorie notamment les symboles interdits et prévoit des exceptions lorsqu’ils sont utilisés à des fins éducatives, culturelles ou historiques. Il encadre également les sanctions associées. «Les choses sont claires et balisées, on peut attendre du Conseil fédéral qu’il soit un peu plus proactif», conclut Jean Tschopp.
«Des actes, pas des paroles»
Un constat partagé par la droite. Olivier Feller (PLR/VD), qui a déposé une question similaire à celle du socialiste, est ferme: «C’est bien de condamner l’antisémitisme et le racisme dans les discours, mais au fond, il faut agir. On n’a pas besoin de paroles, on a besoin d’actes.» L’élu PLR a ainsi demandé un point de situation au Conseil fédéral, qui a formulé une réponse écrite lundi aux deux questions précitées. Celle-ci indique que le projet de loi élaboré par le DFJP sera soumis au Conseil fédéral d’ici à l’été et traité par le parlement à la session d’automne 2026. Le Conseil fédéral rappelle également «qu’il a adopté une stratégie nationale contre le racisme et l’antisémitisme le 5 décembre 2025».
Bien que satisfait des délais présentés par le Conseil fédéral, «si celui-ci tient parole», Olivier Feller note que «la réponse aurait pu être un soupçon plus empathique». Il développe: «Les habitantes et habitants de confession israélite qui vivent en Suisse sont exposés à des attaques verbales, voire physiques, bien plus violentes ou plus dures qu’il y a encore quelques années.»
Le conseiller national regrette également le délai des procédures, qui fait partie intégrante de la politique du pays. «Tout est lent en Suisse. Ça permet d’aboutir à des lois bien conçues, mais cela induit aussi un manque de réactivité.» Il évoque pourtant l’«urgence» de la situation. «Depuis l’automne 2023, il y a davantage d’actes antisémites perpétrés dans notre pays et les milieux néonazis semblent reprendre des couleurs, notamment sur les réseaux sociaux. Mais finalement, ce sont les délais ordinaires qui s’appliquent.»
