Cérémonie de commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda, discours de Johanne Gurfinkiel

Cérémonie de commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda, discours de Johanne Gurfinkiel

J’ai l’honneur de prendre la parole devant vous ce jour au nom de la CICAD  et de ses membres, au nom des communautés juives de Suisse romande et de l’ensemble de leurs membres dont nous portons la voix.

Comme chaque année, nous sommes à vos côtés.

Avec fidélité.
Avec gravité.

A vos côtés, pour honorer la mémoire des victimes du génocide perpétré contre les Tutsis.
Avec cette année… pour moi… cette présence a une résonance particulière.

Il y a quelques mois,
je me suis rendu au Rwanda.

J’y ai vu des lieux… où l’absence est encore palpable.
J’y ai entendu des silences… qui en disent plus que les mots.
J’y ai rencontré des regards… qui portent encore, trente ans après, la trace de ce qui a été.

Et une évidence s’impose.

Un génocide… ne commence jamais par les massacres.

Il commence par les mots.
Par la désignation de l’autre.
Par sa mise à distance.

Par cette mécanique progressive…
qui consiste à lui retirer sa dignité…
puis son humanité.

Puis vient l’irréparable.

Et enfin — toujours —vient la tentative d’effacement.

Effacer les faits.
Effacer les responsabilités.
Effacer les victimes.

C’est cette dernière étape… qui nous oblige aujourd’hui.

Car un génocide ne s’arrête pas lorsque les massacres cessent.

Il se prolonge.
Dans la négation.
Dans la relativisation.
Dans la banalisation.

Et c’est précisément là… que se joue une part essentielle de notre combat.

Aujourd’hui,
le mot « génocide » est de plus en plus présent dans l’espace public.

Il est parfois utilisé dans des contextes très différents…
qui peuvent en diluer la portée… et la spécificité historique.

Or… chaque génocide est singulier. Un terme lourd de sens qui ne peut accepter d’être galvaudé. Il est singulier
Par ses mécanismes.
Par ses victimes.
Par son histoire.

Nommer avec précision… c’est préserver la vérité des faits.

Et c’est rendre justice… à celles et ceux qui ont été visés… pour ce qu’ils étaient.
Cette vigilance n’est pas une posture.

C’est une exigence.

Une vigilance dans les mots que nous employons.
Une vigilance face aux discours qui brouillent les repères.
Une vigilance face à toutes les formes — même discrètes — de négation et de banalisation.

Commémorer…
ce n’est pas seulement se souvenir.

C’est maintenir une exigence.
C’est protéger le sens.
C’est refuser que l’histoire soit déformée… ou affaiblie.

Notre responsabilité est claire.

Transmettre.
Nommer.
Agir.

Transmettre… pour que les faits demeurent.
Nommer… pour que la vérité reste intacte.
Agir… pour que ces mécanismes ne puissent jamais s’installer dans l’indifférence.

La CICAD poursuivra ce travail.
Avec détermination.

Parce que nous savons — vous comme nous — ce que produit la haine… lorsqu’elle n’est pas arrêtée à temps.

Lors de mon voyage au Rwanda, une conviction s’est imposée avec force :

la mémoire ne tient pas toute seule.

Elle tient… parce que certains décident de la porter.
De la défendre.
De la transmettre.

Nous sommes de ceux-là.

Et nous continuerons à nous tenir à vos côtés.

Dans la mémoire.
Dans la vigilance.
Dans l’action.

 

Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général de la CICAD

Mardi 7 avril 2026, Place des Nations, Genève