Discours de Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général de la CICAD lors du dîner-Conférence de la CICAD avec Ignazio Cassis

Discours de Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général de la CICAD lors du dîner-Conférence de la CICAD avec Ignazio Cassis

permettez-moi quelques instants d’ouvrir cette soirée par une question, une question que d’aucuns, ils ne cachent plus vraiment de le faire, posent avec une insistance croissante.

Je pose cette question non par provocation, mais parce qu’elle est posée. Parce qu’elle est formulée, relayée, amplifiée. Parce qu’elle constitue aujourd’hui le cœur d’une campagne organisée visant à délégitimer notre organisation et, au-delà, à neutraliser la lutte contre l’antisémitisme en Suisse romande.

Lorsque j’observe l’agressivité croissante dont la CICAD fait l’objet — et dont je fais personnellement l’objet en tant que Secrétaire général —, je dois dire, avec une pointe d’humour qui ne masque pas la gravité de la situation, que je me suis vu attribuer quelques qualificatifs flatteurs : bouc émissaire, affabulateur, agent étranger. Je ne suis pas peu fier de cette collection.

 

Mais derrière ces étiquettes, il y a une stratégie. Et cette stratégie a un objectif simple : nous faire taire. Nous pousser à baisser les bras. À céder à la pression. À renoncer, sous couvert d’apaisement ou de neutralité, à ce pour quoi nous existons.

La manifestation qui se tient ce soir à nos portes en dit long — non sur nous, mais sur le respect que certains accordent à nos institutions et à la liberté démocratique qu’ils prétendent défendre.

Cette logique, Monsieur le Conseiller fédéral, vous n’en êtes pas exempt. Vous qui avez vous-même été régulièrement attaqué et invectivé pour vos prises de position, vous savez mieux que quiconque ce que coûte la clarté dans un espace public où la violence verbale est devenue un instrument politique. Ce que nous vivons à la CICAD n’est pas une exception — c’est le symptôme d’une époque qui cherche à épuiser ceux qui refusent de se taire.

Nous aurions pu céder. La tentation existe toujours. Dans la vie publique, la résistance à la pression est un choix qui se renouvelle chaque jour. Ce n’est jamais un acquis.

 

Nous avons choisi la détermination.

Non par entêtement. Non par orgueil institutionnel. Mais parce que la cause qui est la nôtre — défendre les victimes de l’antisémitisme en Suisse, dans toutes ses formes, anciennes et nouvelles — est une cause qui s’affranchit des vagues de haine. Une cause noble, qui mérite que l’on tienne.

Et nous ne l’avons pas tenue seuls. Je voudrais saluer ici les élus — dont certains nous font ce soir l’honneur de leur présence — qui ont choisi, parfois à contre-courant, de se tenir aux côtés de la CICAD face à l’antisémitisme. Le courage politique ne se décrète pas. Eux l’ont exercé. Nous leur en sommes sincèrement reconnaissants.

Depuis plus de trente ans, la CICAD accomplit ce travail avec constance : dans les écoles, devant les tribunaux, dans l’espace public, auprès des communautés et auprès des institutions. Ce travail repose sur un mandat clair, sur une éthique rigoureuse, et sur la conviction que l’indifférence face à la haine est elle-même une forme de complicité.

Pour ma part, cela fait vingt-trois ans que je suis Secrétaire général de la CICAD. Certains s’en étonnent. D’autres s’en désolent. Moi, j’y trouve chaque matin une raison de plus de continuer. Cette longévité, je la dois en grande partie à la confiance que le Comité de la CICAD m’accorde sans faillir — et je tiens à le remercier chaleureusement ce soir, pour son soutien indéfectible, par beau temps comme par gros temps.

Une pensée particulière pour notre président, Laurent Selvi, qui — succédant à notre cher Alain Bruno Lévy, que je salue ce soir avec affection — a su présider la CICAD avec engagement, conviction et intelligence. Un soutien dont notre organisation peut s’enorgueillir.

Ce travail, il est porté chaque jour par nos collaboratrices, dont l’engagement quotidien — discret, rigoureux, sans ménagement — est le véritable moteur de la CICAD. Qu’elles en soient ici chaleureusement remerciées.

 

C’est dans ce contexte, Monsieur le Conseiller fédéral, que votre présence ce soir revêt une signification particulière. Elle n’est pas protocolaire. Elle est politique, au sens noble du terme.

Je tiens à saluer le travail initié par votre département sous votre impulsion et avec la force d’une conviction que nous connaissons — notamment dans la lutte contre l’antisémitisme, et au-delà de nos frontières, à travers la voix portée par la Suisse au sein de l’OSCE. Ce travail compte. Il est vu. Il est apprécié.

Pour conclure, Monsieur le Conseiller fédéral, les attentes sont grandes — à la hauteur de vos responsabilités. Celles et ceux qui sont présents dans cette salle, tout comme nos concitoyens, parfois portés par l’anxiété face à ce qui se passe autour d’eux, ont besoin d’une parole politique forte. Une parole claire, face au torrent d’antisémitisme auquel nous sommes confrontés.

Merci d’être parmi nous ce soir.

 

Mesdames et Messieurs, vous l’aurez compris : nous avons choisi de ne pas nous taire.

Résister, ce n’est pas s’entêter. C’est refuser que la haine devienne ordinaire.