Quand les associations féministes trahissent leur cause

Quand les associations féministes trahissent leur cause

Le samedi 8 mars à Lausanne, les femmes juives n’ont pas été jugées dignes d’être défendues par les organisatrices de la manifestation.

 

Ce week-end, en Suisse comme ailleurs, les femmes et les associations féministes ont défilé dans nos rues. Elles ont exprimé une colère légitime face aux dangers qui menacent leurs droits et leurs acquis. Des progrès sont encore nécessaires. Elles ont aussi dénoncé les crimes sexistes et sexuels dont les femmes sont trop souvent encore victimes. Mais qu’en est-il de ces atrocités qui, dans les conflits armés, dépassent l’entendement? Des femmes violées, massacrées, effacées de la mémoire collective.

Comment ne pas penser aussi à celles du 7 octobre 2023, ces Israéliennes violées et massacrées par le Hamas? Pourtant, leur sort est occulté, ignoré, relégué au silence dans les manifestations du 8 mars. Une indignation à géométrie variable, un «On vous croit» qui a survolé Israël, malgré les preuves accablantes. Comment justifier ce paradoxe abject qui consiste à dénoncer les crimes sexuels tout en excluant certaines victimes, parce qu’elles sont juives?

Cette dissonance révèle une réalité glaçante: la haine. La haine d’Israël, la haine du seul État juif, la haine du juif… et en l’occurrence, des juives. À Genève, le mouvement BDS s’indigne lorsqu’une table ronde sur le viol comme arme de guerre mentionne les atrocités commises par le Hamas. Quelle honte! À Lausanne, des femmes juives rassemblées pour refuser cette invisibilisation sont huées et empêchées de manifester. En France, l’ostracisme est encore plus brutal.

Ainsi, des femmes violées parce que juives ne sont pas jugées dignes d’être défendues. Pire: elles sont éclipsées au seul motif de leur origine, dans une lecture antisémite des rapports de force. Les agresseurs ne sont pas désignés, encore moins condamnés, et les victimes ne méritent aucune compassion. Cette indignation sélective ne fait que creuser davantage le fossé entre les causes défendues et les réalités qu’elles prétendent combattre. Comment peut-on prétendre à une justice universelle tout en perpétuant de telles discriminations? N’est-ce pas trahir la promesse même de l’égalité et de la solidarité?

En participant à cette occultation écœurante, les mouvements féministes trahissent la cause qu’ils prétendent défendre. Si vous êtes une femme juive, vous n’êtes pas digne d’être victime ou d’être défendue. Comment peut-on tolérer cette sélection ignoble de la compassion? Y aurait-il de «bonnes» et de «mauvaises» victimes? Des femmes violées qui le mériteraient? Pour n’importe quel autre groupe, l’indignation serait immédiate et massive.

Mais ici… rien.

Un silence assourdissant qui révèle l’ampleur de l’hypocrisie ambiante. Il est temps que les associations féministes se désengagent de cette manipulation et récupèrent leur combat. Elles doivent refuser ce pacte faustien qui souille leur mission. Car en fermant les yeux sur de telles horreurs, c’est l’entièreté de la cause féministe qu’elles abandonnent. La justice ne saurait être à la carte. Chaque femme, quelle que soit son origine, doit être défendue avec la même ferveur. Car sinon, c’est tout le combat pour l’égalité et la dignité humaine qui s’effondre.