Symboles nazis : la persévérance paie, la vigilance demeure
Symboles nazis : la persévérance paie, la vigilance demeure
Le 19 juin 2026, le Conseil fédéral a adopté le message interdisant l’usage public des symboles nazis et l’a transmis au Parlement. Une étape déterminante, au terme de longues années d’engagement partagé. Dans de nombreux cantons romands, des élus s’en sont saisis, par conviction, toutes tendances confondues. L’occasion de revenir sur l’action de la CICAD, et sur un combat qui ne s’arrête jamais à une victoire.
Pendant des années, on a pu, en Suisse, déployer un drapeau à croix gammée à sa fenêtre sans rien risquer. Vendre des objets du IIIe Reich sur un étal, à la bourse aux armes de Lausanne comme dans une brocante, ainsi que de simples curiosités. Le droit ne s’en émouvait pas. Il ne punissait l’exhibition d’un symbole nazi que si son auteur cherchait à propager une idéologie. Le geste muet, lui, restait permis. Le silence protégeait la provocation. Ces scènes, beaucoup ont pu les croiser sans les voir. Le 19 juin, cette anomalie a commencé de céder.
La CICAD n’a jamais accepté ce silence. Depuis plus de vingt ans, elle recense en Suisse romande les incidents liés aux symboles de haine et les rend publics. Elle ne s’appuie pas sur l’indignation, mais sur des faits vérifiés. C’est ce qui, peu à peu, a donné du poids à sa parole et rendu le statu quo intenable.
Année après année, la CICAD a dénoncé ces dérives. La vente d’objets nazis à Lausanne, communiqué après communiqué, en rappelant que la Suisse demeure un eldorado pour les collectionneurs. Les croix gammées taguées en pleine ville. Les détournements de la mémoire de la Shoah pendant la crise sanitaire. Signaler, encore et encore, jusqu’à ce que le législateur ne puisse plus détourner le regard. Ce travail, moins visible qu’une loi, en aura été la condition. Sans ces alertes répétées, le sujet serait resté dans l’ombre.
Le mouvement est parti des cantons. À Genève, en juin 2024, près de 85 pour cent des votants ont inscrit l’interdiction des symboles de haine dans leur Constitution. Un plébiscite, porté par une campagne où presque tous les partis appelaient à voter oui. Des élus de tous les bords, parfois contre la réserve de leur propre exécutif, ont fait avancer la cause. Le canton de Vaud, lui, avance à pas comptés. Sollicité de longue date, son exécutif reste évasif, peu enclin à trancher. Il a promis une commission d’experts et une liste de symboles. Ce sera au Grand Conseil de décider.
Au niveau fédéral, la route fut longue. En 2022, le Conseil fédéral jugeait encore la prévention suffisante. Un rapport de l’Office fédéral de la justice a pourtant montré, fin 2022, qu’une interdiction explicite était possible. En 2024, le Conseil national a fini par se prononcer pour une loi. Des élus vaudois ont maintenu la pression jusqu’au bout. En février dernier, Jacqueline de Quattro et Jean Tschopp ont pressé le Conseil fédéral par des questions parlementaires. De Quattro à droite, Tschopp à gauche. La preuve qu’ici, la cause dépasse les partis.
Pour être au plus près, la CICAD a ouvert un bureau dans le canton de Vaud en mai 2025. La proximité change tout. Elle permet de réagir vite, de nouer des liens avec les autorités locales et d’accompagner celles et ceux qui sont visés. Car un acte antisémite n’est jamais un simple fait divers. C’est une personne atteinte, une famille inquiétée.
La CICAD n’agit pas qu’auprès des parlements. Elle agit aussi devant les tribunaux. Récemment, l’une de ses plaintes a conduit à la condamnation de deux militants antisémites et négationnistes, dont une peine privative de liberté d’un an. Le rappel est utile. Quand on documente et que l’on tient bon, l’impunité recule. Chaque procédure le redit : la loi n’est pas une simple déclaration.
Interdire et punir ne suffisent pourtant pas. Il faut aussi transmettre. Dire aux jeunes générations ce que ces symboles portent, et ce à quoi ils ont conduit. Une interdiction sans pédagogie resterait lettre morte. C’est pourquoi la CICAD plaide pour un travail de fond, à l’école et dans la cité, contre toutes les formes de haine.
Rien n’est acquis. La loi doit encore franchir le Parlement et pourra être soumise au référendum. Elle ne vise pour l’instant que les symboles nazis. Le Conseil fédéral a même renoncé à viser certaines combinaisons de chiffres, ces codes par lesquels des initiés se reconnaissent. L’extension à d’autres symboles extrémistes est annoncée. Nous y veillerons.
Interdire un symbole, ce n’est pas effacer une idée. C’est lui refuser nos rues comme tribune. C’est une question de dignité et de mémoire, et de fidélité à ceux qui ne sont plus. Cette victoire appartient à toutes celles et tous ceux qui se sont engagés, élus et citoyens, notre communauté au premier rang. Elle nous oblige à continuer.
Johanne Gurfinkiel
Secrétaire général de la CICAD
