Deux ans après le 7 octobre. La communauté juive romande déplore toujours plus d’actes antisémites
Deux ans après le 7 octobre. La communauté juive romande déplore toujours plus d’actes antisémites
Colliers arrachés, saluts nazis dans les écoles, menaces en ligne: les incidents signalés à la Cicad se multiplient.
- Les actes antisémites ont augmenté de près de 90% en Suisse romande en 2024. Une tendance qui semble perdurer cette année.
- Des menaces en ligne et des agressions physiques inquiètent la communauté juive.
- L’antisémitisme se déplace de l’extrême droite vers l’extrême gauche politique.
- La Cicad considère qu’une communauté religieuse n’a pas à prendre parti.
Jeudi 2 octobre, lors du jour du Grand Pardon, fête la plus sacrée du judaïsme, une voiture a foncé sur plusieurs personnes à l’extérieur d’une synagogue de Manchester. Pas une surprise, hélas, pour Johanne Gurfinkiel: «Les messages d’alerte étaient très clairs depuis ces dernières semaines, pour dire qu’en Europe il y a des risques très forts d’attentats et d’attaques contre la communauté juive», souligne le secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation ( Cicad). Une situation qui n’épargne pas la Suisse: «On observe une recrudescence des actes antisémites. Avant le 7 octobre 2023, on recensait quelques signalements par semaine. Maintenant, il y en a plusieurs par jour.»
La Cicad est donc en perpétuelle mobilisation. «On ne peut pas partir en congé, ou le bureau part avec nous.» Pour Johanne Gurfinkiel, les plaintes récurrentes sont le symptôme d’un amalgame persistant entre confession juive et État d’Israël. «Depuis deux ans, il y a une angoisse profonde et une tension très forte chez les Suisses de confession juive», témoigne-t-il.
En 2024, l’association a dénombré 1789 actes antisémites en Suisse romande. Une hausse de près de 90% par rapport à 2023. Et si les chiffres ne sont pas encore disponibles pour 2025, rien n’indique une tendance à la baisse. «L’environnement antisémite est tout aussi préoccupant. Je me demande jusqu’à quel niveau on va aller», déplore Johanne Gurfinkiel.
Des cas en ligne comme dans la rue
Parmi les actes antisémites répertoriés par la Cicad, il y a les menaces et commentaires effectués en ligne, mais également les agressions survenues dans la rue, dans le train ou en milieu scolaire. Durant l’été 2025, dans un tram genevois, une adolescente s’est fait arracher son collier, paré d’un symbole juif. «Elle avait d’autres objets de valeur sur elle, donc ce n’était pas juste un vol à l’arraché. C’était clairement ciblé», relate Johanne Gurfinkiel.
La Cicad fait aussi état d’actes antisémites et de vandalisme s’étant déroulés dans des écoles. «À Bienne, deux élèves juives ont été victimes de saluts nazis «parce qu’elles sont nées en Israël», des insultes ont été proférées et des croix gammées ont été apposées sur les murs.» Une mise à l’écart qui survient aussi en ligne. «Dans un groupe WhatsApp d’un établissement scolaire à Genève, un élève a diffusé le message suivant: «Il faut faire Auschwitz 2.0 pour les sionistes.»
Les manifestions n’échappent pas non plus à la vigilance de l’association. «On entend souvent des slogans bien connus comme «From the river to the sea, Palestine will be free», et quelques autres qui sont un appel clair à l’éradication d’Israël, le seul État juif. Le droit suisse ne permet malheureusement pas de sanctionner ce type de slogans. Pour autant, ils sont recensés. Mais la plupart des slogans ne font pas l’objet d’une intervention, car ils sont d’ordre politique.»
«Ce n’est pas notre rôle de nous positionner»
Selon le secrétaire général de la Cicad, la situation au Proche-Orient a servi de «prétexte» au ciblage de personnes. «On ne peut pas être soumis en permanence à la question de Gaza. De la même manière, on ne peut pas jeter l’opprobre sur tous les catholiques en raison des exactions de prêtres ou sur les musulmans face à des cas de terrorisme.»
Johanne Gurfinkiel remarque également un glissement des actes antisémites, de l’extrême droite à l’extrême gauche. «Aujourd’hui, on voit très clairement un antisémitisme issu des rangs de gauche radicale et de certains milieux de gauche. Pour bénéficier de leur solidarité, il faudrait pouvoir être classé dans la catégorie des bons juifs, ceux qui acceptent l’injonction de dénoncer quotidiennement le gouvernement israélien ou de devenir les plus invisibles possible.» Mais pour le secrétaire général de la Cicad, l’issue du débat est claire: «Ce n’est pas le rôle d’une communauté religieuse de se positionner. Les citoyens suisses de confession juive n’ont pas à être considérés comme des citoyens de seconde catégorie.»
