Un employé de Swisscom dénoncé pour des propos antisémites
Un employé de Swisscom dénoncé pour des propos antisémites
Des internautes et la Cicad ont interpellé l’entreprise de télécoms. L’ex-régie fédérale assure avoir ouvert une enquête et pris des mesures.
- Une enquête interne a été ouverte par Swisscom suite aux messages antisémites d’un employé.
- La Cicad a alerté l’entreprise et étudie les recours judiciaires possibles.
- L’article 261bis du Code pénal sanctionne la discrimination et l’incitation à la haine.
- L’employeur peut licencier si l’atteinte à l’image engendre une perte de confiance, explique un avocat.
«Pas une perte, qu’elle brûle pour l’éternité en enfer.» Sur le réseau social Threads, un internaute réagit en ces termes à une publication évoquant le décès d’une adolescente de confession juive dans l’incendie du Constellation, survenue le 1er janvier à Crans-Montana. Dans d’autres messages attribués au même auteur mais en lien avec le conflit au Proche-Orient, il est question de «relancer un des fours» ou de Zyklon B.
Le 30 janvier, captures d’écran à l’appui, un lanceur d’alerte interpelle publiquement Swisscom sur Instagram et X, un appel rapidement relayé et commenté sur les plateformes. L’auteur de ces propos haineux est identifié: il s’agit d’un employé de la société de télécoms qui résiderait à Genève. Depuis, ses comptes sur les réseaux sociaux ont disparu.
«L’antisémitisme n’est pas une opinion»
Dans un premier temps, Swisscom répond qu’elle «ne commente pas les prises de position privées de ses collaborateurs», tout en affirmant se distancier de toute forme de violence et de discrimination. Une réponse jugée «honteuse» par certains internautes qui rappellent que «l’antisémitisme n’est pas une opinion mais un délit».
Dans un second message visiblement posté sur LinkedIn et relayé le 2 février sur X par l’utilisateur à l’origine de la dénonciation, Swisscom reconnaît cette fois être au courant de cette affaire et avoir lancé une enquête interne.
Contactée ce lundi par nos soins, l’entreprise «condamne fermement toute forme de discrimination». «L’incident a fait l’objet d’une enquête, à la suite de laquelle nous avons pris en interne les mesures qui s’imposaient, assure Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom. Nous ne nous exprimons toutefois pas sur les décisions liées au personnel.»
«Banalisation de la Shoah»
Alertée, la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation) a de son côté écrit le 4 février au directeur général de Swisscom, Christoph Aeschlimann.
Dans son courrier, le secrétaire général de l’association, Johanne Gurfinkiel, dénonce un «schéma répété» de publications, comprenant des «propos à caractère antisémite», des réactions «d’une extrême violence» et des éléments de «banalisation ou relativisation de la Shoah».
La Cicad demande quelles mesures Swisscom entend prendre et comment l’entreprise compte se positionner dans l’espace public. «Actuellement, nous étudions les éventuels recours judiciaires possibles», ajoute le secrétaire général de l’association.
Poursuivi d’office
Sur le plan pénal, l’art. 261bis CP sur la discrimination et l’incitation à la haine peut s’appliquer si les propos sont tenus «publiquement», condition déterminante, souvent remplie quand le contenu est largement accessible en ligne. La peine prévue va jusqu’à trois ans de prison ou une peine pécuniaire (jours-amende), et l’infraction est poursuivie d’office.
«Avec l’article 261bis CP, on peut dénoncer même si l’on n’est pas personnellement touché», souligne l’avocat pénaliste Pierluca Degni. Des infractions contre l’honneur (injure, diffamation, calomnie) peuvent aussi entrer en ligne de compte lorsqu’une personne est visée.
Atteinte à l’image et perte de confiance
Pour l’employeur, l’équation se joue entre le devoir de fidélité du salarié et les obligations de protection ( art. 328 CO et 6 LTr). Si ces propos font naître un risque de tensions ou d’insécurité au sein des équipes, «l’employeur se doit d’investiguer et de prendre des mesures, rappelle Me Degni. L’enquête est alors en principe confiée à un cabinet externe, pour éviter tout conflit d’intérêts.»
Un licenciement immédiat n’est possible qu’en cas de «justes motifs»: l’atteinte à l’image doit constituer un tort considérable. «L’infraction pénale et l’atteinte à l’image de l’employeur peuvent engendrer une perte de confiance qui peut être invoquée pour mettre fin au contrat de travail», poursuit l’avocat.
