La RTS retire une séquence à cause du commentaire sur un bobeur israélien

La RTS retire une séquence à cause du commentaire sur un bobeur israélien

Le journaliste sportif Stefan Renna a évoqué les convictions politiques du bobeur israélien Adam Edelman en pleine épreuve olympique. La RTS a réagi.

En bref:

  • La RTS juge inappropriée la mention des positions sionistes du bobeur israélien.
  • Le commentateur Stefan Renna a cité les déclarations controversées de l’athlète Adam Edelman.
  • La Cicad ne voit pas d’antisémitisme mais estime que le journaliste est sorti de son rôle.
  • Carlo Sommaruga salue le courage du journaliste face au double standard olympique.

«Adam Edelman, première participation aux Jeux olympiques, s’autodéfinit sioniste jusqu’à la moelle.» C’est ainsi que le commentateur de la RTS Stefan Renna a introduit lundi la descente du pilote israélien de bobsleigh Adam Edelman. Le journaliste a ensuite mentionné des propos tenus par l’athlète sur les réseaux sociaux, ce dernier ayant qualifié l’intervention militaire israélienne de «guerre la plus moralement juste de l’histoire».

La RTS a réagi ce mardi aux propos du commentateur sportif. «Notre journaliste a souhaité questionner la politique du CIO au sujet des déclarations de l’athlète concerné. Pour autant, une telle information, bien que factuelle, est inappropriée dans le cadre du commentaire sportif en raison de sa longueur.» En plein débat concernant la redevance radio-TV, soumise au vote le 8 mars prochain, le média de service public romand a pris la décision de retirer la séquence de son site.

Entre vague de soutien et vives critiques, l’extrait vidéo a suscité de nombreuses réactions en ligne. Cette polémique fait écho à une autre qui a déjà marqué ces Jeux d’hiver: lors d’un entraînement, le skeletoneur ukrainien Vladislav Heraskevych avait été disqualifié en raison de son casque orné de portraits rendant hommage à ses compatriotes tués par la Russie.

En ligne, pour ce qui est du commentaire de Stefan Renna sur la RTS, certains le jugent «déplacé» ou reprochent le manque de professionnalisme du journaliste, voire dénoncent des propos antisémites.

Pas d’antisémitisme pour la Cicad

Pour la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation ( Cicad), il ne s’agit pas d’un acte antisémite. «Ce n’est pas du ressort de la Cicad, en tant qu’institution, de devoir réagir avec force, comme nous l’avons fait récemment avec Swisscom par exemple ou avec d’autres dossiers. Ce n’est pas du même acabit», réagit Johanne Gurfinkiel, secrétaire général.

Il se dit toutefois «consterné». À ses yeux, le commentaire «vire à une espèce de pseudo-analyse géopolitique» sans lien avec l’épreuve sportive. Il estime que le journaliste est «totalement sorti de son rôle», allant jusqu’à «jeter l’opprobre sur un sportif de bobsleigh» en l’«accusant de soutenir un génocide, ce qui est totalement faux et mensonger».

Pour Johanne Gurfinkiel, les propos du journaliste dépassent le simple commentaire ou l’analyse. «On tombe dans le militantisme ou la propagande.» À ce titre, le secrétaire général de la Cicad pointe du doigt la responsabilité de la RTS. «La chaîne se doit de se positionner, de surcroît dans un contexte où les débats sont extrêmement nombreux et houleux autour de la mission de service public.»

Selon Johanne Gurfinkiel, lorsqu’«un journaliste commet une faute grave», il appartient à l’employeur de prendre des mesures. «Il doit être sanctionné pour ce qu’il s’est passé. Son commentaire vient finalement alimenter un débat qui est déjà extrêmement difficile pour tout le monde. C’est dommage pour lui, pour le métier et pour la chaîne.»

Le «courage» du journaliste

Pour le conseiller aux États socialiste genevois Carlo Sommaruga, au contraire, les propos de Stefan Renna ne contreviennent pas à la mission de service public de la RTS. «Je trouve que le commentaire du journaliste est parfaitement factuel. Il ne fait que citer ce que le sportif a dit, ainsi que relater des faits connus qu’il met en perspective. C’est le cas notamment avec l’utilisation du terme génocide.» Le commentateur a effectivement précisé que le terme «génocide» est employé par la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU concernant Gaza.

Carlo Sommaruga salue le discours de Stefan Renna. «Je trouve que ce journaliste a eu le courage de mettre en évidence le double standard qui sévit aux Jeux olympiques et au CIO en ce qui concerne Israël et la Russie. Je m’étonne d’ailleurs que l’athlète israélien n’ait pas été exclu des Jeux ou sommé de concourir sous la bannière des JO.» Certains athlètes russes ont bénéficié d’une bannière neutre pour participer aux Jeux.