Une pétition demande la fin de toute subvention publique à la CICAD
Une pétition demande la fin de toute subvention publique à la CICAD
Des pétitionnaires accusent l’organisation de propagande pro-israélienne. La Cicad déplore cette volonté de «délégitimation».
- Un collectif exige la suppression des subventions publiques versées à la Cicad.
- La Ville de Genève verse 102’000 francs par an à l’organisation, le canton environ 50’000 francs.
- Le collectif accuse la Cicad de confondre antisionisme et antisémitisme dans ses interventions, y compris scolaires.
- La Cicad dénonce une tentative de délégitimation dans un contexte d’antisémitisme croissant.
Le Collectif pour la défense des droits humains lance une pétition pour demander l’arrêt de «tout soutien public à la propagande pro-israélienne de la Cicad». Soutenue notamment par la gauche radicale et la Coordination étudiante pour la Palestine, la pétition demande une suppression des subventions publiques à la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation.
La Ville de Genève lui attribue 102’000 francs par an, une somme dont Ensemble à gauche a vainement demandé la suppression au Conseil municipal. Le Canton lui verse environ 50’000 francs par an, notamment pour faire de la sensibilisation dans les écoles. La pétition demande la révocation de ce mandat.
Selon Jocelyne Haller (SolidaritéS), il est inadmissible que des deniers publics favorisent la diffusion d’un discours «malhonnête», en particulier dans l’esprit des élèves en «violation de la neutralité de l’instruction publique».
En cause, «l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme». Car pour Pierre Vanek (Union populaire), «le sionisme est une entreprise coloniale appuyée par l’impérialisme britannique qui a abouti à un État génocidaire. Je veux défendre cette opinion sans être diffamé comme étant antisémite.» Pour le collectif, la Cicad favoriserait même l’antisémitisme en confondant judéité et sionisme.
Pas question d’interdire l’organisation ou ses opinions, précise Pierre Vanek. Mais il est intolérable que l’État cautionne une entreprise de «délégitimation» des mouvements de solidarité avec la Palestine, complète Tobia Schnebli (Parti du travail, Urgence Palestine). Il relève que les statuts de la Cicad posent comme objectif de «combattre l’antisionisme comme une forme d’expression contemporaine de l’antisémitisme».
Une nouvelle formule, mais qui viserait le même objectif statutaire qu’avait auparavant la Cicad: «défendre l’image d’Israël quand elle est diffamée».
«PréJugés»
De la propagande pro-israélienne, vraiment? Le collectif exhume un document datant d’une quinzaine d’années, désormais absent du site de la Cicad. L’organisation expliquait qu’Israël n’était «pas responsable du problème des réfugiés palestiniens» et n’avait «procédé à aucun nettoyage ethnique» en 1948. Un autre document, qui ne figure plus sur le site, niait la contribution de la Palestine à la civilisation.
On trouve en outre une BD pédagogique de 2011, «PréJugés», dans plusieurs bibliothèques scolaires. Elle est accusée de véhiculer des stéréotypes arabophobes en racontant l’histoire d’un petit musulman intoxiqué par les préjugés antisémites. À l’époque, le Service de lutte contre le racisme de la Confédération avait jugé que certains passages péchaient par omission, échouant à rendre compte de la complexité du sujet.
Lors de sa première année de mairie en 2022, le Vert Alfonso Gomez a inauguré le second tome, soutenu par la Ville: des manifestants propalestiniens sont assimilés à des antisémites alors que l’élu, à l’occasion de l’actuel conflit à Gaza, a lui-même condamné cet «amalgame».
Enfin, alors que la Cicad affirme que la critique d’Israël est légitime et que son action n’entre pas sur ce terrain, il lui est reproché «une constante dénégation performative».
Par exemple, son secrétaire général, Johanne Gurfinkiel, déclarait le 11 août dernier dans ces colonnes à propos du terme «génocide»: «A-t-on vu la Cicad intervenir pour dénoncer le vocabulaire utilisé sur ce qui se passe à Gaza? Non.» Pourtant, le 5 mars 2024, il critiquait l’usage du terme par des socialistes appelés à peser leurs mots. Récemment, Johanne Gurfinkiel a aussi demandé des sanctions contre le journaliste de la RTS ayant commenté une course olympique de bob d’un athlète israélien, tout en reconnaissant que le commentaire n’était pas antisémite, relève encore le collectif.
«On vise à délégitimer la Cicad»
«Au moment où l’antisémitisme atteint des niveaux particulièrement inquiétants, certains préfèrent attaquer ceux qui le combattent tout en alimentant un climat délétère à coups de discours incendiaires», réagit Johanne Gurfinkiel.
«Depuis plusieurs années, on voit réapparaître les mêmes acteurs et les mêmes argumentaires visant à délégitimer la Cicad. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large de radicalisation d’une partie du débat public, où certains cherchent à expliquer aux organisations représentatives ce que devrait être l’antisémitisme et parfois même aux victimes à quel moment elles pourraient être considérées comme telles.»
Le secrétaire général précise encore que «la critique d’Israël appartient évidemment au débat démocratique. Mais lorsqu’elle se transforme en stigmatisation de personnes juives ou en négation du droit du peuple juif à l’autodétermination, elle cesse d’être une critique politique: elle devient une forme contemporaine d’antisémitisme.»
Il déplore encore: «On voit aussi ressurgir des ressorts nauséeux, notamment les insinuations de double allégeance, qui consistent à suggérer que les Juifs seraient par nature liés à un État étranger et donc suspects dans leur engagement public.»
Un travail nécessaire
À faire passer la Cicad pour une cinquième colonne d’Israël, les pétitionnaires lui donnent-ils raison en véhiculant justement un trope antisémite? «Non, nous ne disons pas cela», conteste le président du collectif, Andreas Jakobos Koch.
Interpellé il y a plusieurs mois, Alfonso Gomez justifiait: «La subvention de la Ville à la Cicad est octroyée en regard du travail reconnu que fait l’association en matière de lutte contre l’antisémitisme. Un tel travail est absolument nécessaire […] et […] doit être soutenu par les autorités […]. La Ville ne peut pas subventionner une entité qui aurait des positions opposées à ses politiques publiques. En revanche, cela n’empêche en rien les divergences de positions entre les subventionnés et la Ville.»
Le 18 juin 2025, le Conseil d’État répondait à un député que les interventions de la Cicad dans des classes «ont toujours lieu en présence du titulaire de classe à l’école primaire et de l’enseignante ou enseignant secondaire» et qu’elles se devaient de respecter les objectifs de l’instruction publique en tenant compte de l’âge des élèves.
